
Le général de Gaulle est mort à 19h30 d’une rupture d’anévrisme à Colombey-les-Deux-Églises, dans la Haute-Marne, alors qu’il faisait une réussite dans la bibliothèque de la Boisserie en attendant les informations télévisés.
La nouvelle sera annoncée le lendemain, à la télévision, par le président de la République Georges Pompidou.
En 1952, il avait établi un testament exprimant son refus de funérailles nationales.
Celui qui fut le chef de la France libre en 1940, président du Gouvernement provisoire de la République française de 1944 à 1946, président du Conseil de 1958 à 1959, fondateur de la cinquième République et premier président de celle-ci de 1959 à 1969, sera enterré dans l’intimité.
GEORGES POMPIDOU AUX OBSÈQUES DU GÉNÉRAL DE GAULLE – 12/11/1970
Editoriaux d’andré Frossard parus dans le Figaro au lendemain de la mort du général de Gaulle
Ces éditoriaux ont été publiés dans la revue Espoir
Il était ainsi fait qu’il ne pouvait que servir son pays, et, au milieu de notre tristesse, nous lui devons encore ceci d’avoir vu un jour, sous les voûtes de notre vieille cathédrale, les nations unies autour de nous dans le respect et l’amitié.
Sans doute leurs représentants sont-ils venus saluer une dernière fois le dernier des Grands de la Seconde Guerre mondiale, mais qui, dans cette foule attentive et muette, n’aura pas senti que la courtoisie diplomatique n’était qu’une des raisons mineures de ce concours inouï de délégations funèbres, et qui n’aura pas compris qu’il s’agissait de bien autre chose que d’un témoignage international d’admiration rendu au prestige d’un homme d’Etat ?
En fait, le monde politique a fait taire un instant ses dissentiments et ses ambitions pour s’incliner devant une volonté qui n’était pas une volonté de puissance, devant une grandeur qui devait bien peu de choses à la force, devant une intelligence tournée vers la paix, et, en fin de compte, c’est à « une certaine idée de la France » qu’il est venu rendre hommage.
ANDRE FROSSARD,
Le Figaro
Nous pressentions qu’il tomberait d’un coup, comme ses frères, comme l’un des arbres de cette forêt des marches de l’Est où nous l’avons confiné deux fois… Il nous aura sauvés un jour du déshonneur, en chassant l’occupant des âmes françaises bien avant que les armées vinssent lui signifier ce congé sur le terrain ; il nous aura sauvés de la dictature et de la guerre civile, il nous aura rendu la confiance et l’amitié des peuples pauvres, il aura réconcilé la France avec l’image d’elle-même qu’elle avait distribuée à travers le monde, il aura reconstitué en sous-œuvre l’unité de son pays menacé de désintégration, il nous aura épargné la honte de retarder indéfiniment la libération des peuples auxquels nous avions enseigné la liberté, et nous lui aurons accordé l’an dernier, au mois d’avril, à la majorité, et pour reprendre une fois encore l’inoubliable mot du Soulier de satin, « la seule récompense qu’il méritât et qui fut digne de lui : l’ingratitude ». Il est parti avec ce viatique, précédé de peu par Edmond Michelet, son vieux compagnon, et il n’y aura pas de fin aux Mémoires ; mais cette mémoire n’aura pas de fin dans nos livres.
ANDRE FROSSARD,
Le Figaro